Tai chi, Qi Gong, Tomasz Nowakowski, Centre des Arts Taoïstes Colline Dorée °Zlatý Kopec°

 

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La notion du mouvement dans le Tai Chi

    

« L’unité de l’Interne et de l’Externe. Le Tai Chi Chuan est un entraînement de l’esprit. Ainsi on dit, « l’esprit est le guide et le corps est à sa commande ».
Si nous élevons l’esprit, nos mouvements seront naturellement légers et agiles. Les postures ne sont rien de plus que le vide et le plein, que d’ouvrir et fermer. Ce que nous entendons par ouvrir n’est pas limité aux seules mains et pieds, mais nous devons également avoir présent à l’esprit la notion d’ouvrir. Ce que nous entendons par fermer n’est pas limité aux seules mains et pieds, mais nous devons également avoir présent à l’esprit la notion de fermer. Quand l’intérieur et l’extérieur sont unis en un seul chi, il n’y a plus d’interruption nulle part. »
Extrait des dix points, de Yang Cheng-fu sur les principes de la pratique du Tai Chi
T’ai-chi Touchstones : Yang Family Secret Transmissions
Rassemblés et traduit par Douglas Wile

LeTai Chi, appelé aussi « Méditation en Mouvement », souligne le caractère de l’activité de l’esprit durant la pratique d’une forme de Tai Chi. Lorsqu’on pratique, on s’efforce d’effectuer chaque mouvement de façon consciente. Ainsi nous développons peu à peu la faculté d’observer, de percevoir et de comprendre des changements subtils. Nous expérimentons la complexité d’un mouvement aussi simple soit-il. Nous apprenons les lois de l’équilibre, les règles des proportions et la capacité à les appliquer de façon concrète. En même temps une question surgit à l’intérieur de nous : qu’est-ce qu’un mouvement ? Qu’est-ce qu’un mouvement du point de vue du Tai Chi ?

Les réponses à ces questions changeront à mesure que croît, à travers la pratique, notre expérience et notre capacité à voir et sentir simultanément un mouvement changer. On peut comparer ce processus l’apprentissage du dessin, prenons pour exemple le portrait. Tout le monde se souvient et reconnaît assez facilement le visage d’une personne familière. Désormais quand on demande à quelqu’un de dessiner le portrait d’une personne qu’il rencontre quotidiennement, il s’avère que le niveau d’observation nécessaire pour dessiner un portrait réaliste est insuffisant. Parfois, nous ne pouvons répondre à la très simple question : quelle est la couleur des yeux d’une personne que l’on rencontre quotidiennement ? A partir du moment où nous apprenons à dessiner des portraits, nous traversons le processus d’apprentissage afin de voir. Avec l’aide de notre professeur nous apprenons à reconnaître les proportions d’un visage. Nous commençons à prêter attention à des détails que nous n’avions jamais remarqué de façon consciente avant. Notre capacité à voir atteint un niveau supérieur. Nous voyons les visages des gens différemment, avec les yeux et l’esprit mieux entraînés.

S’instruire au Tai Chi est un processus similaire. Nous sommes dirigés par notre professeur, pas à pas, afin de développer notre habilité à observer la manifestation du mouvement à un niveau de conscience de plus en plus élevé. Notre compréhension du mouvement se transforme. Au début nous pouvons percevoir le mouvement externe d’une forme exercée par une personne pratiquant le Tai Chi. À ce stade, nous portons notre attention tout d’abord vers l’expression générale liée au mouvement perçu. Nous remarquons la qualité et la dynamique du mouvement, par exemple, nous pouvons percevoir cette lenteur caractéristique du Tai Chi. Parfois, certains détails attirent notre attention, la plupart du temps le mouvement et la position des mains ; nous remarquons rarement le mouvement des jambes. Selon le niveau de notre capacité à percevoir et notre expérience de la vie, nous voyons plus ou moins, mais à ce stade, nous ne remarquons que le mouvement de la forme.

Mais si nous nous instruisons au Tai Chi plus longtemps, en réalisant les principes mentionnés du mouvement conscient, notre notion du mouvement se s’affine de plus en plus. Nous commençons à percevoir qu’un mouvement n’est pas qu’un déplacement d’une personne dans l’espace, marchant, courant ou pratiquant du Tai Chi. Nous remarquons que l’harmonie et la coordination d’un mouvement dépendent de l’état de notre équilibre, de notre respiration, de sa profondeur et sa qualité et de l’état de notre concentration. Nous remarquons de plus en plus le lien subtil entre le mouvement externe et interne. Notre connaissance du mouvement s’étend et devient plus profonde.

Nous réalisons que la notion du mouvement en Tai Chi est très vaste, voire illimitée. Du point de vue du Tai Chi, chaque changement est un mouvement ; même les changements les plus subtils dans l’espace autour de nous, dans la nature, dans l’univers, à l’intérieur de nous, un changement dans le temps ou dans notre vie. Tout, dans l’univers entier, est en mouvement et tout est en changement perpétuel. Tantôt ces changements sont dynamiques et faciles à percevoir, comme le mouvement dynamique d’une personne montrant une forme ou un changement soudain du temps. Tantôt ces changements sont très subtils et difficiles à percevoir, tel le changement des couleurs des plantes dans un parc selon la lumière du soleil, ou encore l’influence qu’ont la profondeur et le rythme de notre respiration sur notre équilibre. La respiration est un exemple pour un mouvement interne.

Elle a son propre rythme, sa profondeur et ses proportions. La qualité de la respiration dépend de la qualité de l’air que nous respirons. Le vent, sa force et les changements de la température de l’air, l’incidence des changements du temps, des changements de saisons, tout cela participe également des phénomènes intéressants du mouvement. La qualité de la lumière du soleil changeant tout au longd’une journée influence nos yeux. L’état des yeux est également lié à la qualité de la respiration. La lumière et la gravité sont des expressions extérieures de l’énergie de l’univers ; les changements qu’elles traversent influencent tout processus dans la nature.

En Tai Chi, nous travaillons consciemment sur la gravité en considérant l’équilibre et ses influences sur les fonctions de nos organes, sur la coordination des mouvements et la qualité de notre respiration. La respiration dépend de l’état de notre équilibre, de notre tension ou détente et du vécu de nos émotions. Elle influence également notre équilibre, les fonctions de tous les organes, l’efficacité de notre activité cérébrale, la capacité de voir et les fonctions de nos yeux, l’état de détente, le juste tonus de nos muscles ainsi que nos émotions. La respiration est profondément liée à nos émotions. La colère, l’irritation ou la peur changent le rythme, la profondeur et la qualité de la respiration et vice-versa. Quand nous travaillons avec notre respiration, nous pouvons calmer nos émotions et revenir à un état d’équilibre intérieur. Ce sont des connaissances développées et appliquées depuis des milliers d’années pas seulement par des Maîtres d’Arts Martiaux. Du point de vue du Tai Chi, les changements d’état émotionnel sont également des mouvements. Ils sont aussi sujets à notre observation interne. Nos émotions sont liées à nos pensées. Ce que nous pensons, ce dont nous nous souvenons, ce sur quoi nous concentrons notre attention et quel degré de concentration nous pouvons atteindre, tout cela fait également partie des changements. En Tai Chi, nous travaillons sur ce genre de mouvements internes.

Un mouvement se déploie non seulement dans l’espace mais aussi dans le temps, tout comme la forme que nous pratiquons ; elle prend un certain espace dans la pièce ou dans un parc et elle a une certaine durée au cours de laquelle son rythme et ses dynamiques changent. Les changements du temps (qui s’écoule) et du rythme nous intéressent également. De même, notre vie est une transformation constante qui s’opère dans l’environnement dans lequel nous vivons et aussi dans le temps. Tout ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de nous fait partie de ce processus de transformation, de ce processus de mouvement. Une personne qui pratique le Tai Chi et qui réalise les principes de l’observation consciente du mouvement, va rechercher dans tous ces processus, leurs interconnections et leurs interactions.

Elle apprend comment les utiliser et contrôler concrètement. Elle développe à l’intérieur d’elle la capacité de percevoir les phénomènes les plus subtiles, et apprend à s’adapter aux changements, àadapter sa perception ainsi que ses décisions au contexte, dont elle aura pris connaissance plus amplement.
La perception du processus des changements et la pensée multidimensionnelle. La capacité de percevoir les aspects souvent superposés des évènements, penser de manière inconventionnelle et créative. La capacité de percevoir et de changer nos habitudes qui nous dérangent. Ces compétences sont utiles pour les Arts Martiaux, pour la vie professionnelle et ailleurs dans la vie. En Tai Chi, la sensibilité de percevoir des changements aussi complexes nous offre l’occasion de profiter pleinement de notre pratique et de développer sa qualité. Grâce à ces compétences, la méthodologie de la pratique devient plus efficace et ouvre le chemin pour atteindre un niveau élevé en peu de temps.

Quand nous intégrons ces notions du mouvement et pratiquons le Tai Chi dans cet état d’esprit, nous commençons à percevoir que non seulement l’univers entier est en mouvement mais aussi que l’univers entier se trouve dans le plus infime mouvement.

Tomasz Nowakowski, mars 2007, Autriche
Traduit de l’Anglais par Katja Fleig avec la participation de Christine Girard